Des ahuris. Il y a dix ans, quand Jean-Thierry
Winstel et Olivier Mercier débarquent
dans les salons de jouets avec Bioviva sous
le bras, les professionnels rigolent doucement devant
ce jeu consacré à l’histoire de la vie sur Terre.
« On nous voyait comme des hirsutes écolos ou des
membres d’une secte », en sourit encore Olivier
Mercier. A l’époque, les seuls jeux d’éducation au
développement durable en rayon viennent d’Allemagne.
« Ils étaient tellement ternes et gris, tellement
alarmistes qu’avant même la fin de la partie, on avait
envie de se tirer une balle », poursuit Olivier Mercier
dans un éclat de rire.
Malgré le scepticisme de la profession, les deux amis
d’enfance, ingénieurs en agronomie et en environnement,
font face. Ils se lancent dans les jeux écoconçus
sous le nom de Bioviva, leur premier bébé.
Des jeux made in France, primés à de nombreuses
reprises, durables jusqu’au dernier pion, entièrement
recyclés, recyclables et imprimés avec des encres à
base d’huile végétale. Aujourd’hui, les deux hommes
ont la banane. 200 000 exemplaires du jeu Bioviva
ont été écoulés dans une dizaine de pays.
Depuis cette réussite, le créneau s’est timidement
élargi. Car ce micromarché, très marginal sur le secteur
du jouet, reste difficile d’accès pour le consommateur.
Sans repère ni label – contrairement à
l’agriculture biologique –, le produit, en moyenne
15 % plus cher qu’un jeu classique, ne présente
aucune garantie de qualité.
Flou artistique
D’ailleurs, qu’est-ce qu’un jeu durable ? Doit-on
uniquement s’attacher à son contenu éducatif, ou à
ses modes et lieux de fabrication ? Ou à tout cela ?
Les fabricants ont bien identifié ce flou artistique
et s’y engouffrent. Certains n’hésitent pas, en toute
impunité, à se verdir abusivement. Alors, gare aux
étiquettes, dans les magasins de jouets notamment,
qui lorgnent ce marché très tendance. Chez Joué
Club, qui propose un coffret station solaire écologique,
conçu en matières recyclées et recyclables, le
pédégé de l’enseigne, Jackie Pellieux, affirme droit
dans ses bottes : « L’important est de proposer quelques
jeux écolos, qui ne se vendent pas très bien, mais
qui nous permettent de rester dans le coup. »
Le créneau n’échappe pas non plus à Dora, l’égérie
des petites têtes blondes et très lucrative exploratrice
du petit écran. Cette année, la star des bacs à
sable apprend le respect de l’environnement à ses
fans, dès l’âge de 4 ans. Le jeu de société « L’écologie
avec Dora » est fabriqué en Italie par la marque Clementoni,
à partir de matériaux recyclés.
Chez les éditeurs de DVD et de jeux vidéos, on
convoite aussi une part du gâteau. Nintendo se targue
ainsi de faire découvrir la faune et la flore sousmarines
avec le jeu « Endless Ocean », qui vient de
débarquer sur la console Wii. Et tant pis si ces logiciels
sont par nature non écoconçus. La faute au
plastique et aux composants. —