Le magazine du développement durable
Jeudi 20 novembre 2008

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    Quel prix pour la nature ?
    La nature, c’est bien plus qu’une jolie carte postale. La biodiversité conditionne aussi la survie des activités et de l’espèce humaines. Et il y a péril en la demeure. Enquête exclusive.
    Le 02/09/2007, par Cire , Simon Barthélémy

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    « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé… » Au XIXe siècle, Lamartine ne s’attardait pas sur le sort du lamantin ou de l’une des 16 119 espèces animales ou végétales menacées d’extinction dans le monde, dont un mammifère sur quatre [1]. Mais alors que l’activité humaine – déforestation, érosion, pollutions… – déclenche la sixième extinction massive des espèces – après celle des dinosaures, dernière en date il y a 65 millions d’années –, la question se pose : l’heure du prédateur bipède a-t-elle sonné ?

    Albert Einstein, lui, aurait dit un jour : « Si les abeilles venaient à disparaître, l’homme n’aurait plus que quatre années devant lui. Sans abeilles, plus de pollinisation, plus de plantes, plus d’animaux, plus d’hommes. » Or, de récentes études menées aux Etats-Unis montrent que plus de la moitié des colonies d’abeilles ont disparu, victimes entre autres de l’urbanisation ou des pesticides. Stephan Beaucher, chargé de campagne Océans à Greenpeace France enfonce le clou : « Personne n’est capable de modéliser ce que serait la mer si un prédateur comme le thon disparaissait. Certaines espèces invasives prolifèreraient sans doute, d’autres s’éteindraient à leur tour. Or la mer est la seule source de protéines pour un quart à un tiers de l’humanité. Au-delà du pillage des océans, c’est donc la question de la famine dans les zones côtières d’Afrique et d’Asie qui est posée. » Car selon des biologistes [2], il n’y aura plus de poisson en 2048 si la surpêche continue à son rythme actuel.

    Le signal d’alarme est tiré

    En 2005, 1 600 scientifiques réunis par l’ONU ont tiré la sonnette d’alarme. Leur « évaluation des écosystèmes pour le Millénaire » estimait pour la première fois « les services rendus par les écosystèmes » : la climatisation par la forêt tropicale, l’atténuation de l’effet des tsunamis par les mangroves – formations végétales le long des côtes –, les supermarchés pour poissons des récifs de corail. L’étude concluait à la dégradation de 60 % de ces « services écologiques » à un rythme plus important ces cinquante dernières années que dans toute l’Histoire. Scientifiques et écologistes ont bien compris qu’on n’intéresserait pas les décideurs sans souligner l’utilité pour l’homme du vivant, voire ses bénéfices sonnants et trébuchants [3].

    La Nature n’a pas de prix, chiffrons-le ! Un équivalent pour la biodiversité du rapport Stern – qui a évalué le coût économique du réchauffement climatique – serait même sur le feu. Rien de neuf a priori sous le soleil : les économistes de l’environnement s’échinent depuis des années à déterminer les « préjudices écologiques », notamment lors de procès comme celui de l’Erika [4]. Mais les méthodes utilisées – souvent des sondages pour connaître la « valeur hédoniste » que des Occidentaux sont disposés à payer pour sauver une forêt ou une espèce – font sourire bien des scientifiques. (Pour lire la suite, cliquer ci-dessous)

    « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé… » Au XIXe siècle, Lamartine ne s’attardait pas sur le sort du lamantin ou de l’une des 16 119 espèces animales ou végétales menacées d’extinction dans le monde, dont un mammifère sur quatre [1]. Mais alors que l’activité humaine – déforestation, érosion, pollutions… – déclenche la sixième extinction massive des espèces – après celle des dinosaures, dernière en date il y a 65 millions d’années –, la question se pose : l’heure du prédateur bipède a-t-elle sonné ?

    Albert Einstein, lui, aurait dit un jour : « Si les abeilles venaient à disparaître, l’homme n’aurait plus que quatre années devant lui. Sans abeilles, plus de pollinisation, plus de plantes, plus d’animaux, plus d’hommes. » Or, de récentes études menées aux Etats-Unis montrent que plus de la moitié des colonies d’abeilles ont disparu, victimes entre autres de l’urbanisation ou des pesticides. Stephan Beaucher, chargé de campagne Océans à Greenpeace France enfonce le clou : « Personne n’est capable de modéliser ce que serait la mer si un prédateur comme le thon disparaissait. Certaines espèces invasives prolifèreraient sans doute, d’autres s’éteindraient à leur tour. Or la mer est la seule source de protéines pour un quart à un tiers de l’humanité. Au-delà du pillage des océans, c’est donc la question de la famine dans les zones côtières d’Afrique et d’Asie qui est posée. » Car selon des biologistes [2], il n’y aura plus de poisson en 2048 si la surpêche continue à son rythme actuel.

    Le signal d’alarme est tiré

    En 2005, 1 600 scientifiques réunis par l’ONU ont tiré la sonnette d’alarme. Leur « évaluation des écosystèmes pour le Millénaire » estimait pour la première fois « les services rendus par les écosystèmes » : la climatisation par la forêt tropicale, l’atténuation de l’effet des tsunamis par les mangroves – formations végétales le long des côtes –, les supermarchés pour poissons des récifs de corail. L’étude concluait à la dégradation de 60 % de ces « services écologiques » à un rythme plus important ces cinquante dernières années que dans toute l’Histoire. Scientifiques et écologistes ont bien compris qu’on n’intéresserait pas les décideurs sans souligner l’utilité pour l’homme du vivant, voire ses bénéfices sonnants et trébuchants [3].

    La Nature n’a pas de prix, chiffrons-le ! Un équivalent pour la biodiversité du rapport Stern – qui a évalué le coût économique du réchauffement climatique – serait même sur le feu. Rien de neuf a priori sous le soleil : les économistes de l’environnement s’échinent depuis des années à déterminer les « préjudices écologiques », notamment lors de procès comme celui de l’Erika [4]. Mais les méthodes utilisées – souvent des sondages pour connaître la « valeur hédoniste » que des Occidentaux sont disposés à payer pour sauver une forêt ou une espèce – font sourire bien des scientifiques. (Pour lire la suite, cliquer ci-dessous)

    [1] Rapport 2006 de l’UICN

    [2] Boris Worm et al., revue Science, 3 novembre 2006.

    [3] Le Mécanisme international d’expertise scientifique sur la biodiversité (IMoSEB) tente de peser comme le fait le Giec.

    [4] Durant ce procès, la Ligue pour la protection des oiseaux plaidait pour la reconnaissance « du vivant non commercial » pour le dédommagement du préjudice environnemental.