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Nous sommes tous copropriétairesCertaines industries veulent faire de la propriété intellectuelle une loi d’airain, quitte à entraver la circulation du savoir. Du bon usage de la piraterie démonte leurs arguments. Et propose des alternatives. Stimulant.Le 09/12/2004,
par
Edouard FLAM
Un adolescent qui télécharge gratuitement un morceau de musique sur Internet est-il "un criminel", comme le laissent entendre des représentants de l’industrie musicale ou un usager comme un autre, ce que suggère l’Adami, la société civile collectant les droits des artistes-interprètes ? Ces interprétations dissonantes du droit d’auteur montrent en tout cas que la propriété intellectuelle est tout sauf une loi qui va de soi. En fait, rappelle Florent Latrive dans Du bon usage de la piraterie [1], elle est un assemblage complexe et mouvant, un équilibre fragile entre l’aspiration d’une personne à vivre de ses "inventions" et la nécessaire diffusion du savoir. 70 années de "rab"
Rigoureux et croustillant Le livre narre ainsi l’épopée du Betamax, premier enregistreur vidéo destiné au public, mis au point par Sony en 1976. Une "machine-pirate" selon les studios d’Hollywood, qui déclenchèrent alors une grande offensive juridique. Au terme de huit années de procédures, les tribunaux finirent par en autoriser l’usage, ouvrant une voie royale au développement du marché de la vidéo, pour le plus grand bien des cinéphiles et des studios... Fourmillant de petites histoires qui font la grande, Du bon usage de la piraterie déroule une thèse convaincante : la société a tout à gagner d’une vision ouverte de la propriété intellectuelle. A l’image des "nains juchés sur les épaules de géants", les contemporains cultivent leurs créations sur le terreau de celles de leurs prédécesseurs. Et transmettent à leur tour le fruit de leur travail à un public sans lequel ils ne seraient rien. On devrait donc parler de "copropriété intellectuelle", suggère Florent Latrive, qui propose l’exploration de quelques pistes, comme le domaine public payant (exploitation libre d’une œuvre, frappée d’une taxe) ou les licences "ouvertes" Creative Commons [2]. Au final, ce livre séduit parce qu’il n’est ni l’œuvre d’un alter-mondialiste en croisade contre le grand capital, ni celle d’une plume éditorialisante, servant la soupe à la morale. Pétri de rigueur et croustillant d’anecdotes, il montre que pour débattre des enjeux de l’économie du savoir, mieux vaut comprendre comment celui-ci circule. Plutôt que juger a priori ses usagers, fussent-ils des adolescents rebelles. [1] L’ouvrage est téléchargeable gratuitement : http://www.freescape.eu.org/piraterie/ [2] Voir à ce sujet le site http://creativecommons.org/ 1 Message |
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