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3-02-2010
Mots clés
Biodiversité
Pêche
France

Thon rouge : "Sarkozy n’a pas eu le courage d’aller au bout"

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Après des débats houleux au sein du gouvernement, la France plaide pour une interdiction du commerce international, mais avec un délai de 18 mois. Décryptage avec François Chartier, chargé de campagne Océans de Greenpeace.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Terra eco : entre Jean-Louis Borloo et Bruno Lemaire, qui a gagné ?

François Chartier : "L’arbitrage du président de la République a tenté de ménager les deux. Il y a un bon signal, qui est celui de la reconnaissance de l’état alarmant de la ressource, mais un soutien sans compromis à l’annexe I [de la Convention de l’ONU sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES)] aurait été plus fort. Le président n’a pas eu le courage politique d’aller au bout de la démarche et de plus c’est Jean-Louis Borloo qui a assuré l’annonce. Est-ce que dans le contexte électoral Nicolas Sarkozy estime qu’il n’y a aucun bénéfice à assumer cette décision qui va pourtant dans le bon sens ? La question se pose."

Comment le dossier peut-il évoluer à présent ?

"Cela peut ouvrir la porte à un soutien de l’annexe I au niveau européen, une porte que la France avait elle-même refermée en septembre avec ses partenaires méditerranéens. Il est possible que ce compromis serve de modèle pour une porte de sortie honorable dans l’opposition entre les commissaires européens à l’Environnement et à la Pêche. Le délai pourrait alors être intégré à la proposition de Monaco ou par amendement lors de l’examen du dossier à la Conférence des parties de la CITES [qui aura lieu en mars prochain à Doha]. Mais au contraire que se passera-t-il si l’Europe propose une inscription à l’annexe I sans délai ? La France voterait-elle non ? On ne sait pas trop si c’est une condition rédhibitoire."

Concrètement, quelles seraient les conséquences si la position française était appliquée ?

"Une décision de la CITES ne s’applique déjà de toute façon qu’au bout de 90 jours, donc on pêchera dans tous les cas en 2010 [la saison de pêche au thon rouge se déroule principalement en mai/juin] mais aussi en 2011 avec le délai de 18 mois. Mais est-ce que l’on rajoute 18 mois à partir de ces 90 jours, ce qui ferait 21 mois ? Ce n’est pas un détail car dans ce cas on pêcherait encore en 2012, ce qui serait jouer un peu plus avec la ressource. Là où c’est absurde, c’est aussi que le comité permanent de la CITES activerait ou suspendrait l’application de l’annexe I après un rééxamen en septembre 2011. L’argument du ministère étant de faire évoluer la CICTA [la commission internationale chargée notamment de la fixation des quotas] de manière très positive sous la pression énorme de l’annexe I. Mais selon quelle grille de lecture décidera-t-on ? On va rouvrir encore le dossier et voir les ONG et les pêcheurs se déchirer ?"

A lire aussi dans Terra eco :
- Pourquoi la France a tardé à trancher
- Thon rouge : "on peut espérer un électrochoc"

Sources de cet article

- Photo : Greenpeace

Le rédacteur :
Julien Vinzent
Terra eco
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