Terra eco :
Quoi de neuf sur le front de la biodiversité depuis un an ? Quels sont les événements qui vous ont marqué, qu’ils représentent une avancée ou un recul ?
Serge Orru :
Je citerais, d’abord, l’échec de la conférence de Marrakech sur le thon rouge, en novembre dernier [réunion de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Iccat)]. Entre la surpêche légale et la surpêche illégale, le volume des captures tourne autour des 50 000 tonnes par an. Réduire les quotas n’est pas suffisant. D’ici 5 ans, il n’y aura plus de thon rouge. C’est une catastrophe.
Plus près de nous, il y a le plan de protection du Triangle de corail, adopté mi-mai par six pays d’Asie du Sud-Est et d’Océanie. C’est très important. Cette région représente peut-être que 2% de la surface maritime mais elle concentre 75% des espèces de coraux et concerne 2 millions d’individus. L’Indonésie, les Philippines, la Malaisie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Timor-oriental et les Iles Salomon ont adopté un plan précis et détaillé. C’est bien. Mais bon... Ça reste une déclaration d’intention. Après, il faudra surveiller et contrôler.
Ensuite, il y a le fait que l’on commence réellement à discuter du prix de la nature. Le banquier d’origine indienne Pavan Sukhdev travaille depuis un an à évaluer le prix des services qu’elle nous rend. Et puis, en France, est sorti fin avril le rapport du professeur Chevassus-au-Louis où il est question de proposer une méthode pour évaluer la valeur financière de la biodiversité...
Rapport dans lequel on apprend notamment qu’un hectare de forêt vaut 970 euros. Pourquoi est-ce important d’aborder la biodiversité par le porte-monnaie, spécialement en temps de crise ?
Parce qu’aujourd’hui, on privilégie les banques, plutôt que la banque du vital. Pire, l’homme la pille. La nature n’est pas un supermarché. C’est la vie. Et c’est bien pour cela que je l’appelle banque du vital. Notre mission est de transmettre une planète vivante aux prochaines générations. Seulement, on est mal parti pour cela. Regardez, en France, nous perdons la surface d’un département français tous les dix ans, transformé en zones urbaines, infrastructures de transport etc. C’est une catastrophe.Le sujet de la biodiversité, auparavant éclipsé par celui du climat, prend aujourd’hui une dimension plus importante à l’échelle mondiale. Jean-Louis Borloo affirme, dans notre numéro de mai, tout faire pour la création d’un Giec de la biodiversité, qu’il espère pour l’année prochaine. Cela vous rassure-t-il ?
C’est important ce Giec de la biodiversité. Rassembler les scientifiques pour qu’ils évaluent la situation est indispensable. Après, il y aura toujours des Allègre pour vous attendre à la sortie, un fusil à lunette à l’épaule.A lire aussi dans Terra eco :
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