Peut-on imaginer un
monde globalisé un tant
soit peu respectable aussi
longtemps que n’aura pas été
accompli le service minimum
en matière d’équité humaine,
c’est-à-dire qu’au moins plus
personne sur Terre ne souffre
de la faim ? Dès lors qu’il est
entendu que notre planète
aurait la capacité de remplir la
panse d’environ 12 milliards de
Terriens, la question se pose :
pourquoi 100 000 meurent
chaque jour de sous-nutrition ?
Les réponses sont multiples :
parce qu’on a « conseillé » aux
pays en voie de développement
d’abandonner les cultures
vivrières au profit de celles qui
s’exportent ; parce que l’Europe
a liquidé ses excédents agricoles
qui coûtent cher à entreposer ;
parce qu’un prix des denrées
qui explose arrange toujours
des spéculateurs ; parce que les
géants de l’agrobusiness et des
agrocarburants accaparent les
terres de pays affamés ; parce
que les élites africaines et sud-américaines
n’ont jamais fait
grand-chose pour développer
leurs terres ; parce que nous
maltraitons la planète au point
de la stériliser à petit feu…
Des raisons, il y en a
plus d’une encore. Mais
fondamentalement, elles
aboutissent toutes à une
explication majeure : parce que
le monde suit des injonctions
économiques dictées par des
individus qui se moquent
éperdument du sort des deux
tiers de l’humanité. Oui,
c’est simpliste. Mais c’est ce
défaut de volonté politique
qui explique pourquoi la faim
reste et restera longtemps
un problème insoluble.
Une énigme que personne
– personne d’important
disons – ne s’affaire
sérieusement à résoudre.
Quel levier reste-t-il donc pour
aller vers un changement ?
Selon l’auteur Frédéric
Mouchon, journaliste au
Parisien, il faudrait des émeutes
de la faim aux quatre coins
du monde qui mettraient
une telle pagaille que les pays
riches seraient bien obligés de
se pencher un brin sur le sort
de leurs alter ego. En attendant
cette improbable hypothèse,
on ne saura pas grand-chose
d’autre.
Car Allons-nous mourir
de faim ? est à proprement
parler moins une enquête
qu’une synthèse pédagogique,
complète mais un tantinet
scolaire. Est évoquée, par
exemple, la possibilité de créer
une « PAC régionale » entre
pays africains en lieu et place
du sacro-saint marché ouvert.
L’idée est balayée rapidement
avant d’avoir pu être
développée. Dommage. —
ALLONS-NOUS MOURIR DE FAIM ?
Calmann-Lévy (2008), 228 pp.,
14 euros.