Le Conseil de Paris l’a voté le 19 octobre. Les immeubles de la Zac (Zone d’aménagement concerté) Batignolles, dans le 17ème arrondissement, ne se limiteront plus à 37 mètres, comme l’exigeait jusqu’ici le Plan local d’urbanisme. Résultat : des ensembles de logements sociaux de 50 mètres devraient voir le jour. Tandis qu’un peu plus au nord, le nouveau Tribunal de grande instance parisien devrait installer ses nouveaux quartiers dans les étages d’une tour de 130 à 200 mètres.
Depuis l’annonce du projet, l’opposition hurle au scandale. En principe, la Zac Batignolles est vouée à devenir un éco-quartier. C’est en tout cas, ce que promet le Plan Climat parisien, voté à l’unanimité le 1er octobre 2007. Celui-là préconise la construction de bâtiments consommant très peu d’énergie et un bilan carbone globalement neutre pour le quartier. Mais jamais jusqu’ici un bâtiment de très haute taille n’a pu afficher une bonne ardoise énergétique. Aujourd’hui, ceux-là consomment au plus bas 150 kwhep/m2/an, souligne le Réseau Action climat, soit trois fois plus que l’engagement de la mairie de Paris (50kWhep/m2/an).
“Actuellement, on ne sait pas le faire, concède Dominique Alba, directrice déléguée de l’Atelier parisien d’urbanisme qui joue un rôle de conseil sur le projet de la Zac Batignolles. Mais vous n’avez qu’à vous rendre à Batimat [le salon international de la construction qui se tient à Paris jusqu’au 7 novembre] et vous verrez qu’il y a beaucoup de choses qu’on ne pouvait pas faire il y a trois ans et qu’on sait faire aujourd’hui. Et on n’est pas loin du compte, souligne encore Me Alba. “En Allemagne, on atteint déjà les 50 kwhep. En France, on n’en est à 80 à cause de la réglementation incendie qui est plus stricte.” Problème : “le bâtiment est prévu pour 2010”, souligne Olivier Louchard, membre du RAC.
Le logement social prend de la hauteur
Le coût d’une tour basse énergie risque aussi de crever le plafond. Un prix “incompatible avec les logements sociaux”, souligne Jérôme Dubus, conseiller UMP de Paris qui s’attaque davantage au projet prévu pour le sud de la parcelle. “Construire un bâtiment HQE coûte déjà 15 à 20% de plus qu’un immeuble normal”, rappelle-t-il. “C’est un type d’urbanisme qui n’existe plus, souligne encore le conseiller parisien. A part Vienne, aucune capitale européenne ne construit des logements sociaux en tours. A Paris, la tendance est même plutôt à la démolition. La mairie a prévu de démolir une tour porte Pouchet, à 500 mètres de la Zac et une autre avenue de la porte de Saint-Ouen. Les tours, ce n’est pas du tout tendance.”
Mais voilà, en deux ans, l’eau a coulé sous les ponts de la Seine. Et les dossiers se sont fait plus pressants. A Paris, début 2009, la demande de logements sociaux s’élevaient à près de 116 000. Et entre 2001 et 2008, la ville n’est parvenu à en créer que 36 000. Comment faire ? Construire en hauteur pardi ! Mais aussi construire mieux, souligne l’équipe de la mairie de Paris. “Un parc est déjà ouvert sur la ZAC. Il faut mettre des habitants autour de ce parc. Ça vaut le coup de monter un peu en hauteur et d’installer des balcons, des logias. Il ne s’agit pas uniquement de faire du quantitatif, mais aussi du qualitatif”, estime Dominique Alba.
L’affaire n’est pas encore jouée. Une commission d’enquête devra se pencher sur le sujet et rendre un rapport qui sera à nouveau soumis au Conseil de Paris. Avant qu’un plan architectural ne soit enfin adopté. Bref, rien ne devrait sortir de terre avant au moins un an. Mais le problème risque de ne pas concerner que les Batignolles. Le 23 novembre prochain, le conseil de Paris devrait se prononcer sur un amendement visant à augmenter la hauteur des immeubles dans 6 ou 7 autres quartiers.
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