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30-11-2009
Mots clés
Climat
France
Monde
Brésil
Interview

Lula-Sarkozy : les dessous d’une alliance

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Interview - Jeudi 25 novembre, Sarkozy s'est rendu à Manaus au Brésil. Objectif ? Rallier les pays amazoniens et du Commonwealth au texte signé avec Lula le 14 novembre dernier. Là, figurent les grandes lignes de l'accord que les deux présidents souhaitent voir adopter à Copenhague en décembre. Mais que vaut cette alliance ? Point de vue – très différent - de deux activistes, l'un brésilien, l'autre français. Joao Talocchi, est responsable de campagne climat pour Greenpeace Brésil et Damien Demailly, ex-membre de WWF, conseiller climat de l'eurodéputé Yannick Jadot.
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Terra eco : Que pensez-vous de ce rapprochement entre Sarkozy et Lula ?

Joao Talocchi : "C’est positif. D’autant que Nicolas Sarkozy voyage à travers toute la planète pour tenter de convaincre les pays asiatiques, africains, du Commonwealth, de les suivre. Mais il ne faut pas se laisser flouer. Lula et Sarkozy c’est aussi des accords commerciaux sur le Rafale ou les sous-marin nucléaires. Derrière leur position climatique à tous les deux, il y a de gros dossiers militaires qui représentent beaucoup d’argent."

Damien Demailly : "Ce sont deux chefs d’État qui montrent leurs muscles en disant : “On ne se laissera pas faire par les États-Unis et la Chine”. C’est un message politique. Mais sur le fond, ils ne sont pas à la hauteur de ce qu’il faudrait mettre en place à Copenhague. Ils disent qu’ils sont prêts à s’engager sur la déforestation ou à aider les pays vulnérables à lutter contre le changement climatique. Mais ils ne mettent pas en avant de chiffres précis."

Peuvent-ils espérer avoir du poids face au duo americano-chinois Obama-Hu Jintao ?

Damien Demailly : "Le couple Obama-Hu Jintao fait assez fort à deux semaines du sommet. Obama a annoncé qu’il viendrait à Copenhague et mettrait sur la table des chiffres précis. Et pourtant, la loi sur le climat n’est pas passée au vote aux États-Unis. C’est politiquement fort. Les Chinois de leur côté ont annoncé qu’ils étaient prêts à réduire leur intensité carbone de 40 à 45% d’ici à 2020 [la quantité de gaz à effet de serre rejetés pour chaque yuan du revenu national] par rapport à 2005. Il se passe des choses aux États-Unis, en Chine, mais aussi au Japon, au Brésil, en Afrique du Sud, en Inde... L’Europe fait comme s’il ne se passait rien et se félicite de tenir à peu près ses objectifs de Kyoto."

Joao Talocchi : "Lula et Sarkozy, c’est un peu le moyen de mettre la pression sur les États-Unis. Certes le pays dit qu’il va réduire ses émissions de 17% par rapport à 2005 mais si on prend l’année de référence traditionnelle soit 1990 ça ne fait plus qu’une réduction de 4%. Obama a décidé de venir à Copenhague mais le 9 décembre. Et pas le 17 comme les autres chefs d’État. Il n’a pas bien compris que Copenhague, c’était autre chose que l’occasion de se faire prendre un photo. Alors Lula et Sarkozy peuvent avoir un impact. Lula est bien vu sur la scène internationale, il est considéré comme très charismatique. Et le Brésil est la dixième économie du monde et le quatrième émetteur de gaz à effet de serre. La France de son côté est l’un des pays les plus puissants de l’Union européenne. Tous les deux ont des positions privilégiées. Ils peuvent en tirer partie pour faire de bonnes choses. Mais ils n’y arriveront pas seuls. Il faut qu’il aient le soutien d’autres pays."

Ces présidents sont-ils exemplaires dans leur propre pays ?

Damine Demailly : "C’est évident que le jeu de Sarkozy c’est de montrer qu’il peut sauver le climat. Mais s’il est très fort pour faire de jolis discours, ses actes ne sont souvent pas à la hauteur. Lula, lui, avance. Le pays s’est engagé à dévier ses émissions de 40% d’ici à 2020. C’est à dire à réduire ses émissions de 40% par rapport au niveau d’émissions prévu à l’horizon 2020. C’est une méthode qui est utilisée pour les pays émergents qui doivent protéger leur croissance. On pourrait dire que ce n’est pas un objectif ambitieux mais c’est au-delà de la fourchette de déviation de 15 à 20% préconisée par les scientifiques."

Joao Talocchi : "Les objectifs fixés par Lula sont corrects... Maintenant, il doit travailler à convaincre les autres de le suivre."

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Sources de cet article

Crédit photo : P.Segrette/Service audiovisuel de l’Elysée

Le rédacteur :
Karine Le Loët
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