On attendait une loi sévère, implacable même. Il s’agira finalement d’une « grande concertation », « dans les mois à venir ». Traduction : la loi sur l’interdiction totale du tabac dans les lieux publics ne verra donc pas le jour avant longtemps. Au mieux, sans doute, après l’élection présidentielle du printemps 2007.
Cette temporisation est regrettable car en matière de santé publique, le gouvernement a déjà prouvé récemment qu’une volonté politique forte est un formidable levier : les 2500 vies épargnées sur les routes chaque année en sont la preuve.
Bilan globalement négatif
Or, selon les chiffres disponibles, le tabac tue en France 3.000 à 5.000 non fumeurs chaque année, et 66.000 fumeurs. Et tout indique que, dans les années à venir, la situation va s’aggraver. Ce bilan semble suffisamment calamiteux pour que les élus s’emparent enfin, réellement, de cette question. Certes, l’interdiction de fumer dans les lieux publics a un coût puisqu’elle entraînera une baisse de consommation, donc un manque à gagner pour l’économie (cigarettiers, débitants de tabac) et donc des pertes d’emploi. C’est au nom de cette perte d’activité économique que le gouvernement a décidé un statu quo.
Pourtant, ne rien faire a également un coût. Plusieurs études ont tenté d’évaluer le coût social du tabac. En France, les derniers chiffres disponibles datent un peu. En 2000, une étude publiée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT, sur la base de chiffres de 1996) estimait le coût social du tabac entre 65 et 89 milliards de francs. Ce résultat est obtenu en cumulant les pertes de productivité (jours d’absence pour maladie, pertes de revenus des malades décédés prématurément), le coût des soins et les pertes de prélèvement obligatoires.
Face à cela, les Français dépensaient 72,3 milliards de francs en achats de tabac, dont 55 milliards de recettes fiscales. Le bilan est donc plutôt négatif : des coûts évalués à 65 à 89 milliards de francs, face à des recettes de 55 milliards. La question est donc, aujourd’hui, de trancher entre l’intérêt individuel - les débitants de tabac - et l’intérêt collectif.
La belle santé des cigarettiers
Par souci de justice sociale, les gains réalisés grâce à une politique publique efficace de lutte contre le tabac pourraient être affectés au reclassement et à la formation des débitants de tabac. Quant aux cigarettiers... Rappelons qu’en 2004, la Banque mondiale estimait que le nombre de fumeurs sur la planète passerait de 1,1 milliard alors, à 1,6 en 2025, soit une augmentation de plus de 45%. L’essentiel de cette croissance se fera dans les pays émergents ou en développement, sur lesquels les cigarettiers misent déjà pour accroître leur potentiel commercial. Altria (Philip Morris), British American Tobacco ou Altadis prennent régulièrement des positions dans les pays de l’Est (comme la Serbie), en Chine, en Afrique du Sud ou dans les pays du Maghreb. Pour les vingt prochaines années, le bilan de santé des multinationales du tabac n’aura jamais rien à envier à celui de leurs clients, les fumeurs.
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