Le magazine du développement durable
Mercredi 3 décembre 2008

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    Les tomates de la colère
    L’île aux fleurs, court métrage hors norme sur les inégalités sociales au Brésil, collectionne les prix depuis 15 ans mais n’était pas distribué en France. L’erreur est aujourd’hui réparée.
    Le 25/03/2004, par Benoît Gautier

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    Magazine Repérages + DVD Clermont-Ferrand, 25 ans de court métrage, 14,90 euros. En kiosque.

    Ça commence comme un cours d’économie expliquée aux enfants. Monsieur Suzuki vit près de Porto Alegre, au Brésil. Il cultive des tomates pour les vendre au supermarché. Madame Annette, look BCBG, vend des parfums en porte-à-porte. Elle les échange contre de l’argent, en réalisant un profit. Au supermarché, elle échange à son tour cet argent contre du porc et des tomates. De retour à la maison, une de ces tomates est jetée aux ordures, pour finir à la décharge de l’Ile aux fleurs, où elle sera mangée par des porcs. Une illustration humoristique et simple, voire simpliste, du fonctionnement des sociétés dites développées.

    Patchwork étourdissant

    JPEG - 40.4 ko
    Biographie d’une tomate... du producteur à la décharge de l’Ile aux Fleurs. Crédit : DR

    Mais, en treize minutes toniques, le court métrage L’île aux fleurs va beaucoup plus loin. A tout moment, le film dérape, multiplie les détours et digressions. Une voix off monocorde explique sur un ton docte que les êtres humains sont des mammifères qui se distinguent par leur cerveau "hautement développé" et leur "pouce préhenseur". Que la tomate a commencé à être cultivée pour ses qualités alimentaires à partir de 1800. Que les monceaux d’ordures abritent des germes porteurs de maladies, lesquelles nuisent à la santé des êtres humains. Ce patchwork déroutant, étourdissant et fascinant, sur fond de bombes atomiques et de planches anatomiques fait sourire. Mais très vite, le sourire vire au jaune, puis disparaît. Car à la décharge de l’Ile aux fleurs, les ordures que les porcs ne trouvent pas à leur goût sont livrées à des êtres humains en haillons.

    Primé mais pas joué

    Sorti en 1989, L’île aux fleurs (titre original Ilha das flores) est né d’une révolte. Son réalisateur, Jorge Furtado, voulait tourner un documentaire sur le traitement des déchets. Scandalisé par le sort des miséreux de l’Ile aux fleurs, il a donné naissance à un petit film hors norme, primé dans plusieurs festivals, mais rarement diffusé en dehors du circuit des mouvements altermondialistes. L’erreur est aujourd’hui réparée : ce film est distribué en kiosque sur un double DVD livré avec le magazine Repérages, consacré aux vingt-cinq ans du festival du court métrage de Clermont-Ferrand. L’Ile aux fleurs y côtoie une vingtaine de petits films, dont quelques chefs-d’œuvre : Foutaises, premier court métrage de Jean-Pierre Jeunet, Le p’tit bal de Philippe Decouflé ou l’autrichien Copy Shop. Un excellent moyen d’associer curiosité économique et plaisir cinématographique.

    Magazine Repérages + DVD Clermont-Ferrand, 25 ans de court métrage, 14,90 euros. En kiosque.

    Ça commence comme un cours d’économie expliquée aux enfants. Monsieur Suzuki vit près de Porto Alegre, au Brésil. Il cultive des tomates pour les vendre au supermarché. Madame Annette, look BCBG, vend des parfums en porte-à-porte. Elle les échange contre de l’argent, en réalisant un profit. Au supermarché, elle échange à son tour cet argent contre du porc et des tomates. De retour à la maison, une de ces tomates est jetée aux ordures, pour finir à la décharge de l’Ile aux fleurs, où elle sera mangée par des porcs. Une illustration humoristique et simple, voire simpliste, du fonctionnement des sociétés dites développées.

    Patchwork étourdissant

    JPEG - 40.4 ko
    Biographie d’une tomate... du producteur à la décharge de l’Ile aux Fleurs. Crédit : DR

    Mais, en treize minutes toniques, le court métrage L’île aux fleurs va beaucoup plus loin. A tout moment, le film dérape, multiplie les détours et digressions. Une voix off monocorde explique sur un ton docte que les êtres humains sont des mammifères qui se distinguent par leur cerveau "hautement développé" et leur "pouce préhenseur". Que la tomate a commencé à être cultivée pour ses qualités alimentaires à partir de 1800. Que les monceaux d’ordures abritent des germes porteurs de maladies, lesquelles nuisent à la santé des êtres humains. Ce patchwork déroutant, étourdissant et fascinant, sur fond de bombes atomiques et de planches anatomiques fait sourire. Mais très vite, le sourire vire au jaune, puis disparaît. Car à la décharge de l’Ile aux fleurs, les ordures que les porcs ne trouvent pas à leur goût sont livrées à des êtres humains en haillons.

    Primé mais pas joué

    Sorti en 1989, L’île aux fleurs (titre original Ilha das flores) est né d’une révolte. Son réalisateur, Jorge Furtado, voulait tourner un documentaire sur le traitement des déchets. Scandalisé par le sort des miséreux de l’Ile aux fleurs, il a donné naissance à un petit film hors norme, primé dans plusieurs festivals, mais rarement diffusé en dehors du circuit des mouvements altermondialistes. L’erreur est aujourd’hui réparée : ce film est distribué en kiosque sur un double DVD livré avec le magazine Repérages, consacré aux vingt-cinq ans du festival du court métrage de Clermont-Ferrand. L’Ile aux fleurs y côtoie une vingtaine de petits films, dont quelques chefs-d’œuvre : Foutaises, premier court métrage de Jean-Pierre Jeunet, Le p’tit bal de Philippe Decouflé ou l’autrichien Copy Shop. Un excellent moyen d’associer curiosité économique et plaisir cinématographique.

    4 Messages de forum

    • > Les tomates de la colère

      27 mai 2004 14:04, par Gwenn

      Enfin !!!

      voilà bientôt 2 ans que j’ai vu "L’île Aux Fleurs" par l’intermédiaire d’une amie sudaméricaine, sur une VHS. Etudiante en développement durable, je voulais faire partager ce petit moment jubilatoire et dérangeant à mes amis et à mes collègues de cours. Je me suis procurée avec difficulté une version française qui circule sur internet mais de très mauvaise qualité, puis une VHS sous-titrée en français commandable sur le site suivant : http://www.trigon-film.ch/fr/shop.php ?aid=20

      Ce court-métrage méritait largement une meilleure distribution en France, et l’avoir en qualité DVD est indispensable et permettra, j’espère, une plus grande diffusion. Ce film est déjà utilisé par certaines associations de sensibilisation aux problèmes écologiques et aux déséquilibres sociaux de notre planète dans un but pédagogique, car il sert de point de départ au débat. D’autre part Jorge Furtado a fait de nombreux autres courts-métrages, et un long, appelé "two summers" mais je crois qu’ils ne sont pas disponibles en français.

      Bon visionnage à tous !!! Gwenn

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    • > Les tomates de la colère

      3 juin 2004 15:50, par enora

      Excellente idée pour "l’île aux fleurs", que je regarde chaque fois que je le peux dans les festivals. Emouvant et intelligent, il devrait être au programme scolaire... Il fera très bon ménage à côté du P’tit bal de Découfflé (également poétique et intelligent).

      Question : Pardon de ne pas savoir si le magasine "Repérages" est fréquent et facile à trouver (vous n’avez pas inscrit sa référence) ; merci de me le faire savoir sur enora.enora@caramail.com

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    • > Les tomates de la colère

      13 juin 2004 22:19

      Je viens de voir "L’île aux fleurs" en vidéo (à la terrifique médiathèque de Lorient ***). Je l’ai aussi sec montré à toute ma famille et tout le monde l’a trouvé bien. C’est la 1ère fois que je vois un "tract" cinématographique aussi réussi, et pourtant, quoique n’ayant pas la télé, je regarde beaucoup de docus, grâce à ***. C’est aussi la 1ère fois je vois l’équivalent cinématographique du célèbre texte de Swift "Modeste proposition" que vous trouverez à

      http://rocbo.chez.tiscali.fr/litter/swift/modestepropos.htm

      c’est-à-dire un mélange magistral d’humour et de force de dénonciation dont devrait s’inspirer ATTAC, dont les textes sont souvent laborieux et donc inefficaces. Vraiment à voir.

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    • > Les tomates de la colère

      10 septembre 2004 21:27
      un court métrage étourdisant, enfin diffusé. J’espère qu’il fera un peu réfléchir l’ensemble des gens. Et surtout se poser des questions sur le but actuelle de nos société développé. Ne devrait pas enfin harmoniser le niveau de vie dans le monde, puisqu’en définitive nous sommes bien tous des animaux au téléencéphale hautement développé. Dans ce cas n’est-il pas légitime que tous le monde puisse être libre.

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