Le magazine du développement durable
Jeudi 4 décembre 2008

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    Les anneaux olympiques ont la mémoire courte
    Au nom des valeurs olympiques, la campagne "Jouez le jeu" demande au Comité International Olympique de s’impliquer clairement et de ne traiter qu’avec des équipementiers "socialement responsables". Mais pour le CIO, l’important c’est de ne pas participer.
    Le 24/06/2004, par Sami (illustration) , Simon Barthélémy

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    Dans le sillage de la flamme olympique, la coalition Fair olympics ("Jouez le jeu aux JO") allume la mèche d’un dossier sensible : les conditions inhumaines dans lesquelles les ouvriers confectionnent les articles de sport frappés des 5 anneaux multicolores. Anneaux dont les royalties rapporteraient cette année 66 millions de dollars [1]. L’ONG britannique Oxfam, le réseau Clean Clothes et les syndicats membres de Global Unions interpellent les équipementiers de sport et le mouvement olympique, CIO en tête, sur la base d’un rapport rendu public en mars dernier.

    La Charte

    Cette enquête menée dans 6 pays d’Europe et d’Asie, souligne les entorses aux droits du travail dans les "usines à sueur" (sweatshops) des sous-traitants de grandes marques. Journées de 17 heures pour des salaires de misère, exploitation des femmes et des enfants, répression syndicale. Tout cela afin d’"approvisionner les magasins à temps pour les JO d’Athènes (...) au prix le plus bas", insiste Oxfam. Les animateurs de la campagne attendaient du CIO, propriétaire des droits d’exploitation des symboles olympiques, une prise de position claire. Et ce, d’autant qu’un article de la Charte olympique lui permet d’interdire l’utilisation de ces droits si elle s’avère "incompatible avec les principes fondamentaux de la Charte."

    Le CIO botte en touche

    Après une entrevue avec les ONG, le CIO s’est finalement fendu d’un communiqué condamnant "fermement les pratiques de travail contraires à l’esprit et aux idéaux du Mouvement olympique." L’institution jure ne "travailler directement qu’avec deux fabricants de vêtements [Mizuno et Dale, ndlr], lesquels possèdent des codes de conduite rigoureux quant à la confection de leurs pièces d’habillement." Quant aux autres équipementiers, le CIO botte en touche, au motif qu’il "ne gère ni ne contrôle les accords de licences concernant les marques olympiques, conclus par les Comités Nationaux Olympiques (CNO, ndlr) et les comités d’organisation des JO."

    Plongée dans les ateliers chinois

    Faux sur toute la ligne, rétorque Jean-Michel Bailly, chargé de la campagne "De l’éthique sur l’étiquette" en France. D’abord, "je suis prêt à amener le président du CIO dans des ateliers chinois où l’on fabrique des articles Mizuno, il serait surpris", manque-t-il de s’étrangler. Ensuite, la tentative du CIO de renvoyer la balle aux comités nationaux ne serait qu’une pichenette. "Si le CIO prenait un engagement fort, les comités nationaux seraient obligés de suivre. Il pourrait notamment appliquer la charte qu’il avait signée en 2000 avec la Fédération mondiale des industries du sport."

    Il faut des contrôleurs

    De son côté, le CNO français confirme disposer comme il l’entend de son propre logo. Mais pour son responsable du marketing, Serge Valentin, "insérer une clause sociale dans un contrat avec un fournisseur serait de l’ingérence." Et il serait impossible d’en contrôler l’application. C’est bien là le nœud du problème, confirme Jean-Michel Bailly. Et ce nœud ne sera tranché que "si des moyens de contrôle indépendants se mettent en place et associent toutes les parties prenantes - entreprises, pouvoirs publics, syndicats, associations - afin de faire respecter les règles du Bureau international du travail."

    Premier pas des entreprises

    Côté entreprises, les poids lourds ont fait quelques pas dans cette direction. Nike, notamment, s’est engagée auprès de la Fair Labour Association à faire respecter les droits dans sa chaîne de production. Pour mettre toutes les marques au pli éthique, Clean Clothes compte donc sur tous les soutiens : plusieurs CNO (Autriche, Belgique et Pays Bas) supportent le mouvement. Le Parlement européen a voté une résolution en ce sens. Une pétition a déjà rassemblé 180 000 signatures, dont celle du footballeur Didier Deschamps. Enfin, des manifestations ont lieu à l’occasion du passage de la flamme olympique, comme ce 24 juin à Paris, sur le parvis des Droits de l’Homme du Trocadéro.

    Les liens de l’article :

    Le rapport de la coalition Fair Olympics (téléchargement au format PDF)

    Oxfam et les Jeux olympiques

    Le collectif De l’éthique sur l’étiquette

    La résolution du Parlement européen

    A lire également :
    Nike a perdu sa langue

    Dans le sillage de la flamme olympique, la coalition Fair olympics ("Jouez le jeu aux JO") allume la mèche d’un dossier sensible : les conditions inhumaines dans lesquelles les ouvriers confectionnent les articles de sport frappés des 5 anneaux multicolores. Anneaux dont les royalties rapporteraient cette année 66 millions de dollars [1]. L’ONG britannique Oxfam, le réseau Clean Clothes et les syndicats membres de Global Unions interpellent les équipementiers de sport et le mouvement olympique, CIO en tête, sur la base d’un rapport rendu public en mars dernier.

    La Charte

    Cette enquête menée dans 6 pays d’Europe et d’Asie, souligne les entorses aux droits du travail dans les "usines à sueur" (sweatshops) des sous-traitants de grandes marques. Journées de 17 heures pour des salaires de misère, exploitation des femmes et des enfants, répression syndicale. Tout cela afin d’"approvisionner les magasins à temps pour les JO d’Athènes (...) au prix le plus bas", insiste Oxfam. Les animateurs de la campagne attendaient du CIO, propriétaire des droits d’exploitation des symboles olympiques, une prise de position claire. Et ce, d’autant qu’un article de la Charte olympique lui permet d’interdire l’utilisation de ces droits si elle s’avère "incompatible avec les principes fondamentaux de la Charte."

    Le CIO botte en touche

    Après une entrevue avec les ONG, le CIO s’est finalement fendu d’un communiqué condamnant "fermement les pratiques de travail contraires à l’esprit et aux idéaux du Mouvement olympique." L’institution jure ne "travailler directement qu’avec deux fabricants de vêtements [Mizuno et Dale, ndlr], lesquels possèdent des codes de conduite rigoureux quant à la confection de leurs pièces d’habillement." Quant aux autres équipementiers, le CIO botte en touche, au motif qu’il "ne gère ni ne contrôle les accords de licences concernant les marques olympiques, conclus par les Comités Nationaux Olympiques (CNO, ndlr) et les comités d’organisation des JO."

    Plongée dans les ateliers chinois

    Faux sur toute la ligne, rétorque Jean-Michel Bailly, chargé de la campagne "De l’éthique sur l’étiquette" en France. D’abord, "je suis prêt à amener le président du CIO dans des ateliers chinois où l’on fabrique des articles Mizuno, il serait surpris", manque-t-il de s’étrangler. Ensuite, la tentative du CIO de renvoyer la balle aux comités nationaux ne serait qu’une pichenette. "Si le CIO prenait un engagement fort, les comités nationaux seraient obligés de suivre. Il pourrait notamment appliquer la charte qu’il avait signée en 2000 avec la Fédération mondiale des industries du sport."

    Il faut des contrôleurs

    De son côté, le CNO français confirme disposer comme il l’entend de son propre logo. Mais pour son responsable du marketing, Serge Valentin, "insérer une clause sociale dans un contrat avec un fournisseur serait de l’ingérence." Et il serait impossible d’en contrôler l’application. C’est bien là le nœud du problème, confirme Jean-Michel Bailly. Et ce nœud ne sera tranché que "si des moyens de contrôle indépendants se mettent en place et associent toutes les parties prenantes - entreprises, pouvoirs publics, syndicats, associations - afin de faire respecter les règles du Bureau international du travail."

    Premier pas des entreprises

    Côté entreprises, les poids lourds ont fait quelques pas dans cette direction. Nike, notamment, s’est engagée auprès de la Fair Labour Association à faire respecter les droits dans sa chaîne de production. Pour mettre toutes les marques au pli éthique, Clean Clothes compte donc sur tous les soutiens : plusieurs CNO (Autriche, Belgique et Pays Bas) supportent le mouvement. Le Parlement européen a voté une résolution en ce sens. Une pétition a déjà rassemblé 180 000 signatures, dont celle du footballeur Didier Deschamps. Enfin, des manifestations ont lieu à l’occasion du passage de la flamme olympique, comme ce 24 juin à Paris, sur le parvis des Droits de l’Homme du Trocadéro.

    Les liens de l’article :

    Le rapport de la coalition Fair Olympics (téléchargement au format PDF)

    Oxfam et les Jeux olympiques

    Le collectif De l’éthique sur l’étiquette

    La résolution du Parlement européen

    A lire également :
    Nike a perdu sa langue

    [1] Rapport de la coalition "Jouez le jeu"