Le prix ne traduit souvent rien des conditions sociales dans lesquelles il a été fabriqué, rien des intermédiaires qui, parfois, prospèrent sur le dos des producteurs. Encore moins des éventuels fonds qui spéculent sur les matières premières vitales, alimentaires par exemple. Et toujours rien des impacts environnementaux du produit. En somme, le prix ne dit strictement rien du « coût écologique et social » de notre consommation.
Il n’en dit tellement rien que, dans un réflexe quasi-pavlovien, notre oeil parcourt les étiquettes en quête du « meilleur prix », autrement dit du tarif le plus bas, sans nécessairement réfléchir à l’impact de nos comportements. Pourtant, si nous nous affranchissions de ce réflexe, le « meilleur » prix ne serait-il pas le « juste » prix ? Celui qui rémunère les producteurs équitablement en leur donnant la possibilité de vivre de leur travail ; celui qui prend en compte l’impact de notre consommation sur les ressources de la planète ; celui qui intègre notre « production » de déchets et le coût de leur traitement ? En ces heures de lutte théâtrale pour le pouvoir d’achat, défendre l’idée d’un prix qui ne serait pas systématiquement le plus bas relève du très politiquement incorrect. C’est pourtant un calcul de long terme.
En apprenant à payer le prix juste – c’est-à-dire le « vrai » prix économique, écologique et social –, nous pouvons réaliser combien tous les produits de consommation n’ont pas la même valeur ajoutée sociétale. Puisque nos moyens financiers ne sont pas extensibles à l’infini, et puisque choisir c’est renoncer, nous pouvons apprendre à nous défaire de certaines consommations pour concentrer notre pouvoir d’achat sur les consommations vitales : un peu moins en gadgets jetables et un peu plus en alimentation locale et biologique, par exemple. C’est ainsi que se redessineront les contours d’une économie innovante, respectueuse des hommes et de l’environnement, mais aussi locale, moins délocalisable et plus saine. Le cas de l’alimentation biologique – « Le bio est-il réservé aux riches ? », question que nous décortiquons dans ce numéro de Terra eco – est à ce titre emblématique. —
WALTER BOUVAIS, directeur de la publication
A lire dans Terra eco :
Le dossier "Le bio est-il réservé aux riches ?"




































