Des silhouettes lointaines dans l’ombre impressionnante d’un pont en construction, une famille qui pic-nique sous une passerelle noyée dans le brouillard. C’est pour son travail autour du fleuve chinois Yangtsé, affecté par le tourbillon civilisationnel et le changement climatique, que le photographe israélien Nadav Kander, basé à Londres, a reçu le prix Pictet et empoché du même coup 100 000 francs suisses (66 000 euros). A travers ses images, il scrute ces rives où vivent plus d’habitants qu’aux États-Unis. “ La Chine est une nation qui coupe ses racines et détruit son passé au nom d’un mouvement vers l’avant qu’elle emprunte à une vitesse étonnante et contre nature. C’est un peuple qui défigure son pays et un pays qui défigure sa population”, décrit le photographe.
Des prix de la photo, il y en a d’autres. Il y a le World Press et le Hasselbald, le prix Henri-Cartier-Bresson ou le Tremplin photo de l’EMI. Mais des prix pour récompenser le travail sur l’environnement, pas ou peu. Certes, le Sierra club américain a bien son propre classement : le Ansel Adams. Mais le Pictet, porté par une banque suisse - Pictet & Cie - et sponsorisé par le Financial Times, a pour force d’avoir Kofi Annan, ex-président général de l’ONU, comme figure de proue. C’est d’ailleurs lui qui, en qualité de président honoraire, a remis le prix au lauréat jeudi 22 octobre. Du côté du jury, quelques noms influents aussi, notamment Francis Hodgson, le patron de la maison de vente aux enchères, Sotheby’s ou Sir David King, ancien conseiller scientifique du gouvernement britannique.
Mais l’aventure ne s’arrête pas à la simple récompense. Exposées passage de Retz à Paris jusqu’au 24 novembre, les photos iront porter leur message aux quatre coins du monde : Musée de la photographie de Thessalonique (Grèce), Empty Quarter Gallery de Dubaï ou à l’université de Technologie d’Eindhoven au Pays Bas. “Dans quelques semaines se dérouleront des négociations décisives à Copenhague. Nous sommes face à un besoin vital de créer un élan politique pour qu’un accord post-Kyoto, à la fois efficace et juste, voie le jour, a souligné Kofi Annan. Les images que nous avons en face de nous nous rappellent la fragilité de la planète et les dégâts que nous avons déjà causés. Face à ces images, il nous est impossible de fermer les yeux et de rester indifférents.”
Enfin, le Pictet aussi lance campagne pour la protection de l’environnement. Au moment où il récompensait Nadav Kandesh, le jury désignait, Ed Kashi, photographe américain, pour suivre une ONG qui oeuvre contre la pollution des sols et la désertification à Madagascar.
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