Le magazine du développement durable
Mardi 7 octobre 2008

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Le petit ruisseau des grandes rivières - La Russie, pieuvre énergétique - Des ingénieurs fous de graisse - Barack ou John, qui a la main la plus verte ? - 5. Eau : moins de poissons, plus de PCB - « Nos dirigeants ne perçoivent pas l’immensité du danger » - Ballon d’oxygène - 11. Pauvreté, bilan médiocre - Au pays des mégalopoles - Une réinsertion toute naturelle - Le burger qui nettoie les estomacs - Chine : la fin d’une vedette américaine ? - 3. Fiscalité verte : bonus malus minus... - 2008 : le 1er "choc écologique" - Une deuxième vie dans le bidonville de Dharavi - 8. Bâtiment : sus aux poubelles énergétiques - 7. Biodiversité : sols en danger - Ello Mobile, le coeur sur le combiné - Recherche France verte désespérément - Les deux fous de la poubelle - L’Australie a le sang chaud - 10. Air : la France en manque d’oxygène - Le skate du Graal - Les légumes à l’assaut de la Maison Blanche - Grenelle : ça démarre quand ? - 6. Industrie : réveil tardif sur REACH - 2. Déchets : 3 longueurs derrière l’Allemagne - L’électron libre de la Silicon Valley - L’Europe de plus en plus radioactive - La publicité entre en religion - Mon vélo est en carton - 9. Energie : l’éolien manque de souffle - La ruée vers les déchets - L’année des anti-méduses - La filière bois sauve à peine les meubles - 4. Transports : vive l’autoroute ! - Le parapluie - Le banquier des choses sales - Des chèvres terrassent les hommes - Le litre de lait




    L’emballage est une ordure
    Plastique, verre, papier, carton... Chaque année en France, plus de 100 milliards d’emballages - environ 8 millions de tonnes de déchets - sont utilisés et jetés par les ménages. Ils ont pris une telle place dans nos poubelles qu’aujourd’hui, celles-ci débordent. Menacés d’asphyxie, les élus locaux tapent du poing. Les industriels font la sourde oreille. Les pouvoirs publics tergiversent. Dans le même temps, 55 millions de Français trient sagement leurs déchets. Un geste citoyen en apparence, mais en pure perte ?
    Le 10/03/2005, par David Solon , ponofob (illustration) , Simon Barthélémy

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    Chaque soir, c’est le même rituel. Françoise, prof, la cinquantaine, passe un à un sous le robinet les pots de yaourts engloutis dans la journée. Acte citoyen ? Oui. Mais geste inutile. Le pot de yaourt incarne les nombreuses limites du système de traitement des déchets à la française. Les ménages de l’Hexagone produisent chaque année plus de 26 millions de tonnes de déchets, l’équivalent d’une tonne et demie par an pour une famille de quatre personnes. Un tiers de ces déchets est constitué d’emballages. "C’est en volume, la moitié du contenu de nos poubelles, et le tiers en poids", précise Véronique Marie de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) de Bretagne. Or, malgré le développement du tri, seulement 15% des déchets sont recyclés, la majorité des ordures ménagères (dont une moitié d’emballages) est stockée et surtout éliminée. Comme nos pots de yaourts... Qu’ils soient aux fruits ou nature, consommés ou périmés, 7,642 milliards d’unités ont été jetées au cours de l’année 2000. Aucune filière de récupération ne s’est mise en place. Le plastique est difficilement recyclable, les emballages sont souillés, donc techniquement compliqués à traiter.

    "C’est très simple, analyse Paul Deffontaine, viceprésident à la communauté urbaine de Lille et président du Cercle national des déchets, la France s’est aperçue au début des années 1990 qu’elle était assise sur un tas d’ordures dont elle ne savait que faire". Décharges à ciel ouvert, usines d’incinération très insuffisantes [1] (en nombre et en qualité), indifférence des consommateurs... Le bilan était catastrophique. "Aujourd’hui, poursuit l’élu, on peut considérer que le tri a fait ses preuves, même si bien entendu, il reste encore insuffisant et imparfait."

    Le plastique c’est diabolique

    Pour satisfaire à leurs obligations légales (et à leurs soucis d’économies) vis-à-vis de l’emballage, les industriels privilégient aujourd’hui - et avec réussite - la réduction des tonnages. Ils délaissent des matériaux lourds comme le verre pour des emballages de plus en plus légers... en plastique. "Nous avons baissé de 0,025 gramme le poids des pots de yaourts, ce qui est énorme si l’on considère la masse totale", se réjouit par exemple Olivier Manchon, de Eco-Emballages, la société privée agréée par l’Etat pour gérer les contributions des industriels au Point Vert (lire l’encadré Pervers Point Vert). Les sacs en plastique ont perdu les deux tiers de leur poids en 20 ans, les flacons de lessive près de 18% en un an !

    Pour autant, la perte de poids à l’unité est loin d’enrayer la tendance. Le nombre d’emballages ne cesse de progresser (+1,8% par an entre 1994 et 2003), en raison essentiellement de l’essor du plastique (45 milliards d’emballages en 2000), la part des métaux et du verre tendant à diminuer. Eco-Emballages explique ce boom par les changements de mode de vie. "Aujourd’hui, les personnes seules représentent un foyer sur trois. L’offre des entreprises s’est donc adaptée à cette multitude de "micro-ménages" en développant des emballages plus petits", parts individuelles, plats à réchauffer.

    Conséquence, en France, l’industrie de l’emballage pèse aussi lourd que l’aéronautique : 17,6 milliards d’euros en 2003. Mieux, s’enorgueillit Jean-François Stosser président du Comité de liaison des industries françaises de l’emballage (Clife) "l’emballage français avec ses 3000 établissements et ses 13000 salariés alimente près d’un tiers du chiffre d’affaires européen de la filière". Des arguments de poids face aux ONG environnementales.

    Pot de fer contre pot de terre

    Mais le Centre national d’information indépendante sur les déchets (CNIID) n’a que faire de l’argument de l’emploi. "Quand la grande distribution a fait son apparition en France, on ne s’est pas demandé combien d’emplois elle allait faire disparaître. Une industrie laisse la place à une autre, c’est la loi de l’économie", estime Florence Couraud qui dirige ces campagnes concernant l’emballage. Le CNIID organise ainsi des opérations "Dégage l’emballage", pendant lesquelles le consommateur est invité à laisser dans son supermarché tous les emballages inutiles. Des actions qui pourraient faire sourire en Allemagne (lire L’Allemagne ouvre la voie) où les pratiques sur ce terrain sont beaucoup plus avancées.

    Le Point Vert constitue l’une des cibles des revendications. "En Allemagne, les industriels sont responsables à 100% des emballages qu’ils produisent, contre moins de la moitié pour la France, et c’est tout simplement intolérable", s’insurge Paul Deffontaine, réputé pour son franc-parler...

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    L’Allemagne ouvre la voie

    Pervers Point Vert

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    "C’est très simple, analyse Paul Deffontaine, viceprésident à la communauté urbaine de Lille et président du Cercle national des déchets, la France s’est aperçue au début des années 1990 qu’elle était assise sur un tas d’ordures dont elle ne savait que faire". Décharges à ciel ouvert, usines d’incinération très insuffisantes [1] (en nombre et en qualité), indifférence des consommateurs... Le bilan était catastrophique. "Aujourd’hui, poursuit l’élu, on peut considérer que le tri a fait ses preuves, même si bien entendu, il reste encore insuffisant et imparfait."

    Le plastique c’est diabolique

    Pour satisfaire à leurs obligations légales (et à leurs soucis d’économies) vis-à-vis de l’emballage, les industriels privilégient aujourd’hui - et avec réussite - la réduction des tonnages. Ils délaissent des matériaux lourds comme le verre pour des emballages de plus en plus légers... en plastique. "Nous avons baissé de 0,025 gramme le poids des pots de yaourts, ce qui est énorme si l’on considère la masse totale", se réjouit par exemple Olivier Manchon, de Eco-Emballages, la société privée agréée par l’Etat pour gérer les contributions des industriels au Point Vert (lire l’encadré Pervers Point Vert). Les sacs en plastique ont perdu les deux tiers de leur poids en 20 ans, les flacons de lessive près de 18% en un an !

    Pour autant, la perte de poids à l’unité est loin d’enrayer la tendance. Le nombre d’emballages ne cesse de progresser (+1,8% par an entre 1994 et 2003), en raison essentiellement de l’essor du plastique (45 milliards d’emballages en 2000), la part des métaux et du verre tendant à diminuer. Eco-Emballages explique ce boom par les changements de mode de vie. "Aujourd’hui, les personnes seules représentent un foyer sur trois. L’offre des entreprises s’est donc adaptée à cette multitude de "micro-ménages" en développant des emballages plus petits", parts individuelles, plats à réchauffer.

    Conséquence, en France, l’industrie de l’emballage pèse aussi lourd que l’aéronautique : 17,6 milliards d’euros en 2003. Mieux, s’enorgueillit Jean-François Stosser président du Comité de liaison des industries françaises de l’emballage (Clife) "l’emballage français avec ses 3000 établissements et ses 13000 salariés alimente près d’un tiers du chiffre d’affaires européen de la filière". Des arguments de poids face aux ONG environnementales.

    Pot de fer contre pot de terre

    Mais le Centre national d’information indépendante sur les déchets (CNIID) n’a que faire de l’argument de l’emploi. "Quand la grande distribution a fait son apparition en France, on ne s’est pas demandé combien d’emplois elle allait faire disparaître. Une industrie laisse la place à une autre, c’est la loi de l’économie", estime Florence Couraud qui dirige ces campagnes concernant l’emballage. Le CNIID organise ainsi des opérations "Dégage l’emballage", pendant lesquelles le consommateur est invité à laisser dans son supermarché tous les emballages inutiles. Des actions qui pourraient faire sourire en Allemagne (lire L’Allemagne ouvre la voie) où les pratiques sur ce terrain sont beaucoup plus avancées.

    Le Point Vert constitue l’une des cibles des revendications. "En Allemagne, les industriels sont responsables à 100% des emballages qu’ils produisent, contre moins de la moitié pour la France, et c’est tout simplement intolérable", s’insurge Paul Deffontaine, réputé pour son franc-parler...

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    Pervers Point Vert

    [1] Un incinérateur émet des milliers de polluants. Parmi eux, la dioxine peut provoquer certaines malformations. Selon les chiffres du ministère de l’Ecologie, parmi les incinérateurs les plus "sales" de France en matière de pollution par les dioxines, on trouve Strasbourg, Saint-Ouen (à l’entrée de Paris) et Lyon, qui rejettent respectivement 8,75 grammes par an, 4,99 g. par an et 4,49 g. par an. Or la toxicité de la dioxine est avérée dès le millionième de millionième de gramme.