On repense à ces
trucs bidons, vous
savez, ces lunettes à
rayons X qui permettent de
voir les gens tout nus sous
leurs habits. C’est un peu ça
l’économie : voir la vérité
toute crue derrière le vernis
des apparences. Car s’il est
une chose que l’on comprend
grâce à ce livre délicieux qu’est
Sexe, drogue… et économie et à
ses deux malicieux auteurs,
c’est que l’économiste est un
animal à sang froid et que c’est
son inestimable qualité dans
notre monde en surchauffe.
Aucune morale, aucun
principe, aucun scrupule
n’arrête l’homme de calcul.
Sa
méticulosité froide le pousse
à poser des questions jugées
farfelues, voire carrément
idiotes, par n’importe quel
gentleman. Par exemple :
et si le sida avait eu pour
conséquence d’augmenter la
pratique de la fellation chez les
adolescents, car le préservatif
coûte de l’argent ? N’importe
quoi, s’offusque-t-on. Sauf
que c’est la vérité… Autre
question abracadabrante : et
si ce qui expliquait le mieux la
baisse de la délinquance dans
la société occidentale était
l’avortement ?
En effet, les
enfants non désirés étant ceux
qui, statistiquement tournent
le plus mal, le fait qu’ils
passent plus souvent à l’as
devrait expliquer la chute des
incivilités. Gloussements. Sauf
que là encore, c’est exact.
L’économie, science humaine
si peu humaine, nous en
apprend encore d’autres – et
des salées : que les clientes
attendent plus longtemps
d’être servies que les clients
dans les cafés (où va se
nicher le sexisme…) ; que
la polygamie, si elle était
pratiquée en Occident, serait
une terrible nouvelle pour
les mâles (explications dans
le premier chapitre du livre,
le plus remarquable) ; que
l’Organisation mondiale
du commerce n’a pas accru
d’un iota les échanges
commerciaux ; qu’on a moins
de risques de casser sa pipe
dans le « couloir de la mort »
des prisons américaines que
dans bien des rues du pays ;
qu’interdire la cigarette
dans les cafés ne sauvera pas
forcément des vies. Bref, que
tout ce qui paraît avéré, moral
ou tombant sous le sens, ne
correspond pas forcément à la
rugueuse réalité.
« Que serions-nous
sans le secours des choses
qui n’existent pas ? » demande
le poète. Réponse : des sacrées
pointures en économie ! —