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2-11-2009

Climat : l’Europe dit faire le maximum en s’engageant au minimum

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Les chefs d'État européens se sont mis d'accord sur une position commune de négociations pour Copenhague. Mais l'UE est loin d'adopter une posture de leader, notamment sur la question du financement de la lutte contre le réchauffement climatique.

L’Union Européenne s’est mise vendredi dernier en ordre de marche vers les négociations internationales de l’après-Kyoto, qui auront lieu du 7 au 18 décembre à Copenhague. Réunis à Bruxelles pendant deux jours, les chefs d’État ont adopté un texte qui définit un mandat commun pour leurs négociateurs.

Cet accord a été salué par les principaux responsables européens, à commencer par la présidence suédoise de l’Union. "L’UE garde sa position de leader en matière de climat, et nous avons maintenant une position très forte en vue du sommet de Copenhague. Il faut espérer que cela incitera d’autres pays à en faire autant, a déclaré le premier ministre Fredrik Reinfeldt.

Un discours qui contraste avec la déception des ONG. "C’est très insuffisant. Je n’appelle pas cela un accord, c’est la prolongation d’une position ancienne et classique qui est de dire : on ne met pas d’argent sur la table", réagit Stephan Singer, directeur de la section Politique mondiale de l’énergie au WWF.

"Pas d’argent, pas d’accord"

Sur la question du financement des stratégies d’atténuation et d’adaptation au changement climatique dans les pays en voie de développement (PED), le texte se contente en effet de reprendre les calculs de la Commission européenne : il faudra 100 milliards d’euros par an au niveau mondial pour la période 2013-2020. Un montant qui comprend "les propres efforts" des PED, "le marché du carbone et le financement public international". Pour cette dernière partie, le document reprend également le chiffre de 22 à 50 milliards.

Mais concernant la contribution de l’UE, on se contentera d’une assurance qu’elle est prête à mettre sa "juste part". Pourtant, comme le président de la Commission européenne José Manuel Barroso l’avait rappelé avant le Conseil, "sans argent il n’y aura pas d’accord" à Copenhague. La Commission plaidait pour un engagement à hauteur de 2 à 15 milliards d’euros. En revanche, les pays de l’Est se sont vus promettre un mécanisme pour que leur part soit allégée par rapport à leurs émissions.

Le premier pas

"Bien sûr que l’on peut espérer une position plus forte et que cela ne répond pas assez vite aux attentes des pays en développement. Mais, en même temps, aucun autre pays n’a proposé de montant", nuance Emmanuel Guérin, de l’Institut du développement durable et des recherches internationales. Ce qui fait dire à Stephan Singer qu’il n’y a "actuellement pas de leader", dans les négociations.

Derrière cette réticence à s’avancer sur un chiffre, on retrouve l’Allemagne, soutenue notamment par la France et l’Italie. "Il y a deux raisons à cette attente. La première est que l’on veut avoir des annonces des PED sur les actions qu’ils sont prêts à mener. Il s’agit de dire : "Vous faites tels efforts, on vous donne tels moyens", analyse Emmanuel Guérin. L’Europe attend aussi que les autres pays développés annoncent des montants, pour ne pas se retrouver dans une position de payer plus que les autres, qui est assez fréquente pour elle, par exemple pour l’aide au développement."

Une stratégie rejetée par Stephan Singer : « On aurait pu créer de la confiance, lever les doutes des PED. Cela aurait aussi pu adoucir les négociations sur les autres oppositions. Au lieu de cela, on ne met rien sur la table », déplore-t-il. Au risque que les parties se regardent en chiens de faïence en attendant que chacun fasse le premier pas.

Occasion manquée

L’Europe donne le sentiment d’être en position de spectateur alors que d’autres grandes puissances ont commencé à abattre des cartes. "C’est ce que Hu Jintao a fait dans son discours à New York (à la tribune de l’ONU le 22 septembre, ndlr) avec plusieurs annonces dont certaines étaient chiffrées", rappelle Emmanuel Guérin. La Chine s’est notamment engagée à produire 15% de son énergie avec des sources de combustibles non fossiles d’ici 2020. "L’Europe aurait au moins pu s’engager budgétairement sur les 3 prochaines années. Ce n’est pas énorme, et il y avait là une carte politique à jouer", regrette-t-il.

Les Etats-Unis ont pris de l’avance sur le dossier de la gouvernance en proposant à Bangkok de créer un nouveau fonds climatique. « C’est surtout sur cette question que la position des Européens est trop faible. Ils se sont à nouveau auto-exclus des discussions qui auront lieu à Barcelone sur ce sujet car les négociateurs n’auront aucun mandat clair. Or, c’est sur ce point-là que les attentes des PED sont les plus fortes », poursuit Emmanuel Guérin. En particulier, ces pays demandent à avoir voix au chapitre concernant l’attribution des fonds et, surtout, que l’institution en charge de les distribuer suive les recommandations politiques, ce qu’il souvent reproché au Fond mondial pour l’environnement de ne pas faire.

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Le rédacteur :
Julien Vinzent
Terra eco
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