Le magazine du développement durable
Jeudi 20 novembre 2008

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    Jean-Louis Bourlanges (UDF)
    "Exiger l’élimination de toutes les formes de dumping"
    Le 19/05/2004, par La rédaction

    • 3 colonnes
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    Terra economica - Peut-on, selon vous, parler d’une "vague de délocalisations" ou bien n’est-ce qu’un épiphénomène ?

    JPEG - 16.8 ko
    Crédit : DR.

    Les délocalisations se sont intensifiées de façon exponentielle pour trois raisons : la révolution technologique a aboli les distances et permet à un opérateur indien de gérer des services téléphoniques en Europe ; la financiarisation de l’économie accroît la mobilité des capitaux et donc des investissements productifs ; enfin, la concentration de la distribution a abouti à une véritable strangulation des producteurs par les consommateurs, au risque d’ailleurs de créer une schizophrénie sociale, les consommateurs étant aussi des producteurs et ne pouvant acheter qu’à la condition d’être rémunérés pour leurs activités. Mais il faut distinguer délocalisations intra et extra européennes. Au sein de l’Union européenne, le phénomène sera limité tant dans son ampleur que dans sa durée, et sera donc gérable. Les pays qui nous ont rejoint ne représentent que 5% du PIB des Quinze et leur intégration à l’Union, servie par des taux de croissance très soutenus, entraînera une amélioration de leur niveau de vie et de leur protection sociale. Ce phénomène érodera progressivement leur avantage comparatif face aux anciens Etats membres de l’Union. Les précédents irlandais, espagnol, portugais et grec sont à cet égard instructifs. La crainte que suscitait leur intégration a rapidement disparu, le gain étant évident pour l’ensemble des Etats membres. Par ailleurs, la Communauté économique européenne n’est pas une simple zone de libre-échange. Elle oblige les Etats à respecter des normes de qualité, de sécurité et de protection de l’environnement relativement strictes limitant d’autant les possibilités de dumping. La réalité est différente pour les délocalisations extra-européennes. La Chine et l’Inde, par exemple, vont concurrencer très sévèrement et très durablement nos produits. Mais il s’agit, dans ce cas, d’un phénomène d’attractivité globale de zones de production bénéficiant d’avantages comparatifs énormes.

    TE - Les "professionnels des délocalisations" que nous avons rencontrés jugent ce phénomène inéluctable et portent un regard sévère sur les hommes politiques qui "s’y opposeraient" d’une façon ou d’une autre. Les élus doivent-ils se saisir de cette question ? Le peuvent-ils ?

    Avant de critiquer les élus, il convient de se présenter aux élections. Il faut savoir trouver un équilibre entre deux tentations extrêmes, celle de considérer le phénomène de délocalisations comme inéluctable et donc non sujet à l’intervention publique, et celle de vouloir maintenir artificiellement des emplois à coup de subventions. Il faut inventer autre chose.

    TE - Quelles sont les pistes que vous proposez ?

    Il est essentiel que par la formation, la recherche et l’innovation, les activités moins dépendantes du coût salarial de production puissent se développer. La création de valeur ajoutée n’est pas nécessairement localisée sur le lieu initial de production, et un bien produit dans un pays peut permettre la création d’emplois dans d’autres pays. De ce point de vue, les objectifs de l’Agenda de Lisbonne sont excellents, mais les moyens institutionnels de l’Union ne permettent malheureusement pas encore de les atteindre. La politique commerciale communautaire doit par ailleurs être vigoureuse. Pourquoi l’Union européenne devrait-elle avoir des complexes à l’égard des géants émergents qui exigent l’ouverture de nos marchés sans nous ouvrir les leurs ? L’Europe doit être assez forte pour exiger contractuellement de ces grands partenaires l’élimination progressive de toutes les formes de dumping. C’est une politique de "donnant-donnant" que nous devons exiger. Enfin, la règle de droit doit cesser d’être bafouée. Il est inacceptable de voir nos économies submergées par la contrefaçon, à la fois illégale, immorale et dangereuse pour les consommateurs.

    ...retour à l’article : Les politiques reprennent la main

    Le site Internet de l’UDF

    Terra economica - Peut-on, selon vous, parler d’une "vague de délocalisations" ou bien n’est-ce qu’un épiphénomène ?

    JPEG - 16.8 ko
    Crédit : DR.

    Les délocalisations se sont intensifiées de façon exponentielle pour trois raisons : la révolution technologique a aboli les distances et permet à un opérateur indien de gérer des services téléphoniques en Europe ; la financiarisation de l’économie accroît la mobilité des capitaux et donc des investissements productifs ; enfin, la concentration de la distribution a abouti à une véritable strangulation des producteurs par les consommateurs, au risque d’ailleurs de créer une schizophrénie sociale, les consommateurs étant aussi des producteurs et ne pouvant acheter qu’à la condition d’être rémunérés pour leurs activités. Mais il faut distinguer délocalisations intra et extra européennes. Au sein de l’Union européenne, le phénomène sera limité tant dans son ampleur que dans sa durée, et sera donc gérable. Les pays qui nous ont rejoint ne représentent que 5% du PIB des Quinze et leur intégration à l’Union, servie par des taux de croissance très soutenus, entraînera une amélioration de leur niveau de vie et de leur protection sociale. Ce phénomène érodera progressivement leur avantage comparatif face aux anciens Etats membres de l’Union. Les précédents irlandais, espagnol, portugais et grec sont à cet égard instructifs. La crainte que suscitait leur intégration a rapidement disparu, le gain étant évident pour l’ensemble des Etats membres. Par ailleurs, la Communauté économique européenne n’est pas une simple zone de libre-échange. Elle oblige les Etats à respecter des normes de qualité, de sécurité et de protection de l’environnement relativement strictes limitant d’autant les possibilités de dumping. La réalité est différente pour les délocalisations extra-européennes. La Chine et l’Inde, par exemple, vont concurrencer très sévèrement et très durablement nos produits. Mais il s’agit, dans ce cas, d’un phénomène d’attractivité globale de zones de production bénéficiant d’avantages comparatifs énormes.

    TE - Les "professionnels des délocalisations" que nous avons rencontrés jugent ce phénomène inéluctable et portent un regard sévère sur les hommes politiques qui "s’y opposeraient" d’une façon ou d’une autre. Les élus doivent-ils se saisir de cette question ? Le peuvent-ils ?

    Avant de critiquer les élus, il convient de se présenter aux élections. Il faut savoir trouver un équilibre entre deux tentations extrêmes, celle de considérer le phénomène de délocalisations comme inéluctable et donc non sujet à l’intervention publique, et celle de vouloir maintenir artificiellement des emplois à coup de subventions. Il faut inventer autre chose.

    TE - Quelles sont les pistes que vous proposez ?

    Il est essentiel que par la formation, la recherche et l’innovation, les activités moins dépendantes du coût salarial de production puissent se développer. La création de valeur ajoutée n’est pas nécessairement localisée sur le lieu initial de production, et un bien produit dans un pays peut permettre la création d’emplois dans d’autres pays. De ce point de vue, les objectifs de l’Agenda de Lisbonne sont excellents, mais les moyens institutionnels de l’Union ne permettent malheureusement pas encore de les atteindre. La politique commerciale communautaire doit par ailleurs être vigoureuse. Pourquoi l’Union européenne devrait-elle avoir des complexes à l’égard des géants émergents qui exigent l’ouverture de nos marchés sans nous ouvrir les leurs ? L’Europe doit être assez forte pour exiger contractuellement de ces grands partenaires l’élimination progressive de toutes les formes de dumping. C’est une politique de "donnant-donnant" que nous devons exiger. Enfin, la règle de droit doit cesser d’être bafouée. Il est inacceptable de voir nos économies submergées par la contrefaçon, à la fois illégale, immorale et dangereuse pour les consommateurs.

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