Quatre mois se sont écoulés depuis le lancement par Nicolas Sarkozy du Grenelle de l’environnement. Le New deal écologique qu’il avait annoncé tarde à venir. Comptez-vous parmi les déçus ?
Il y a tout de même eu deux décisions majeures depuis octobre : la clause de sauvegarde du maïs OGM et l’interdiction de la mine d’or à Roura en Guyane. Ce qui est important, c’est qu’on ait réussi à mettre autour de la même table des personnes aux intérêts divergents. Pour cela, le Grenelle est considéré comme un modèle par les autres pays. Bien sûr, les réformes mettent du temps à venir mais c’est normal. Les changements ne viendront pas du jour au lendemain. Et la France ne peut pas agir seule. Toute l’Europe doit s’y engager.
Sur le plan international, les négociations pour l’après Kyoto qui ont eu lieu à la conférence de Bali en décembre n’ont pas abouti à des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La situation est-elle inquiétante ?
Bali a été un semi-échec. On avait tiré le même bilan de Rio en 1992. Finalement l’impact de ces sommets est plutôt psychologique. De Rio, on a retenu le mot "écologie". De Bali, on retiendra la prise de conscience internationale. La question environnementale est désormais reconnue par les décideurs. Voilà ce qui compte. Même si Bali n’a pas donné de résultats quantitatifs, il y a des signes positifs. Les élections américaines par exemple et les changements qui se produisent en Chine. Les Chinois se rendent compte que leur économie est menacée et commencent à réagir. La Chine est en train de devenir la puissance économique la plus concernée par l’écologie. C’est une leçon pour les Etats-Unis. J’ai bon espoir que la situation se débloque.
Concernant les énergies, vous vous dites défavorable au nucléaire mais soutenez qu’il ne faut pas l’abandonner à court terme. Pour quelle raison ?
Parce que les technologies des énergies renouvelables ne sont pas suffisantes pour le moment. Elles sont en progrès mais il faudrait plus de recherche. Le nucléaire est plus propre que le pétrole, il ne réchauffe pas l’atmosphère. Seulement, il n’est pas une source d’énergie fiable et pérenne. Il ne fait pas du tout bon ménage avec le terrorisme par exemple. Il faut voir à très très long terme et se tourner vers des énergies "inépuisables" comme le soleil. Et puis, il faut diminuer nos dépenses énergétiques : faire mieux avec moins.