Le magazine du développement durable
Jeudi 20 novembre 2008

oublié ?
Les légumes à l’assaut de la Maison Blanche - Une deuxième vie dans le bidonville de Dharavi - Chine : la fin d’une vedette américaine ? - Bio - La rançon du succès - 6. Industrie : réveil tardif sur REACH - 2. Déchets : 3 longueurs derrière l’Allemagne - Les deux fous de la poubelle - 1- Des jets de particules de soufre - La Russie, pieuvre énergétique - Le banquier des choses sales - Poubelles finlandaises et bonnes manières - Ello Mobile, le coeur sur le combiné - Bataille pour un nombre d’or - Une science de secours - Vélo de déménagement - Monsieur le Président, voici 3 astuces pour polluer moins - 11. Pauvreté, bilan médiocre - Un nouvel avion pour Nicolas Sarkozy - Du CO2 dans les relations franco-allemandes - Au pays des mégalopoles - Nouveau : le pétrolier-robinet - Krach ou crise de civilisation ? - 3. Fiscalité verte : bonus malus minus... - Recherche France verte désespérément - Barack ou John, qui a la main la plus verte ? - 2- Des lunettes géantes - 7. Biodiversité : sols en danger - L’Europe de plus en plus radioactive - 5- Des semences de nuages - Ballon d’oxygène - La filière bois sauve à peine les meubles - 3- Des tonnes de fer dans l’océan - Des chèvres terrassent les hommes - Ils veulent refroidir le globe - Des ingénieurs fous de graisse - La publicité entre en religion - Nicolas Sarkozy explose les compteurs de gaz - Le Rwanda au milieu d’un champ de bataille - 5. Eau : moins de poissons, plus de PCB - La France aux bois dormants




    Curriculum non vitae
    Le 02/10/2008, par Arnaud Gonzague

    • 3 colonnes
    • moins
    • plus

    Ne se fier ni au titre clin d’oeil, ni à la couverture rigolote : ce roman est glacé. Et glaçant. Imaginez Kafka plongé dans les coulisses d’une école allemande destinée à « remotiver » les chômeurs. Cette agence s’appelle Sphericon et se trouve peuplée de trainers (professeurs) en cravate et costume sombre, pétant de santé, jargonnant en anglais, alignant des phrases pleines de points d’exclamation. En face de ces surhommes, leurs poulains – tous volontaires – font figure de quasi-ectoplasmes, pointant à l’ANPE depuis des années, mornes, absents. Heureusement, ils ont un trimestre pour changer de mentalité et enfin appartenir à la race des seigneurs, celle des salariés.

    Sur cette trame, Joachim Zelter aurait pu tisser une aimable parodie de Full Metal Jacket ou un plaidoyer pénible. Mais il opte pour la méthode chirurgicale façon Cronenberg, décortiquant à froid le discours de nos décideurs : « Durant toute l’histoire de l’humanité, le travail était une donnée a priori. Pendant des millénaires, il a accompagné, assiégé, poursuivi les hommes. Ces dernières années, les choses ont changé. Le travail ne poursuit plus. C’est nous qui le poursuivons. »

    Dans un contexte aussi darwinien, seuls les plus aptes pourront survivre. Ceux qui savent correctement lire les petites annonces pour traquer l’employeur potentiel, réécrire leurs CV en s’inventant des destins ronflants conformes aux attentes d’un DRH – « Aucune de vos vérités ne vous donnera un travail. Aucune ! ». Passer dans les rang des gagnants, c’est une question d’envie, de motivation, d’efforts. Petit à petit, la réalité de Sphericon devient inquiétante. Si les grilles de l’école semblent s’orner de barbelés, si les entretiens d’embauche se griment en interrogatoires de la Gestapo, si les étudiants sceptiques s’apparentent à d’indésirables dégénérés, ce n’est pas exactement un effet du hasard.

    « Ne pas pouvoir épargner de nécessaires douleurs à ceux qui sont en échec, c’est notre devoir »… On ne racontera pas la fin de cette mécanique de précision, mais elle achève de mettre le lecteur knock-out et fait de ce roman l’une des belles réussites de cette rentrée. Vous ne regarderez plus jamais votre CV de la même manière. —

    Joachim Zelter – CHÔMEURS ACADEMY. Autrement (août 2008), 153 pp., 15 euros.

    Ne se fier ni au titre clin d’oeil, ni à la couverture rigolote : ce roman est glacé. Et glaçant. Imaginez Kafka plongé dans les coulisses d’une école allemande destinée à « remotiver » les chômeurs. Cette agence s’appelle Sphericon et se trouve peuplée de trainers (professeurs) en cravate et costume sombre, pétant de santé, jargonnant en anglais, alignant des phrases pleines de points d’exclamation. En face de ces surhommes, leurs poulains – tous volontaires – font figure de quasi-ectoplasmes, pointant à l’ANPE depuis des années, mornes, absents. Heureusement, ils ont un trimestre pour changer de mentalité et enfin appartenir à la race des seigneurs, celle des salariés.

    Sur cette trame, Joachim Zelter aurait pu tisser une aimable parodie de Full Metal Jacket ou un plaidoyer pénible. Mais il opte pour la méthode chirurgicale façon Cronenberg, décortiquant à froid le discours de nos décideurs : « Durant toute l’histoire de l’humanité, le travail était une donnée a priori. Pendant des millénaires, il a accompagné, assiégé, poursuivi les hommes. Ces dernières années, les choses ont changé. Le travail ne poursuit plus. C’est nous qui le poursuivons. »

    Dans un contexte aussi darwinien, seuls les plus aptes pourront survivre. Ceux qui savent correctement lire les petites annonces pour traquer l’employeur potentiel, réécrire leurs CV en s’inventant des destins ronflants conformes aux attentes d’un DRH – « Aucune de vos vérités ne vous donnera un travail. Aucune ! ». Passer dans les rang des gagnants, c’est une question d’envie, de motivation, d’efforts. Petit à petit, la réalité de Sphericon devient inquiétante. Si les grilles de l’école semblent s’orner de barbelés, si les entretiens d’embauche se griment en interrogatoires de la Gestapo, si les étudiants sceptiques s’apparentent à d’indésirables dégénérés, ce n’est pas exactement un effet du hasard.

    « Ne pas pouvoir épargner de nécessaires douleurs à ceux qui sont en échec, c’est notre devoir »… On ne racontera pas la fin de cette mécanique de précision, mais elle achève de mettre le lecteur knock-out et fait de ce roman l’une des belles réussites de cette rentrée. Vous ne regarderez plus jamais votre CV de la même manière. —

    Joachim Zelter – CHÔMEURS ACADEMY. Autrement (août 2008), 153 pp., 15 euros.