Le magazine du développement durable
Jeudi 20 novembre 2008

oublié ?
3- Des tonnes de fer dans l’océan - Au pays des mégalopoles - Du CO2 dans les relations franco-allemandes - France : la récup version réinsertion - La filière bois sauve à peine les meubles - Nouveau : le pétrolier-robinet - Krach ou crise de civilisation ? - L’équation qui tue - La pub par ici, par là et par là et... - Pourquoi les banques disent toujours banco - Le carbone mis sous clé - New York quitte l’habit de lumières - Un nouvel avion pour Nicolas Sarkozy - « Nos dirigeants ne perçoivent pas l’immensité du danger » - 8. Bâtiment : sus aux poubelles énergétiques - Exclusif : le bilan CO2 de Nicolas Sarkozy - Ello Mobile, le coeur sur le combiné - 4- Un aspirateur à gaz carbonique - Une science de secours - 1- Des jets de particules de soufre - La nature à toutes pompes - L’électron libre de la Silicon Valley - San Pedro miné par le cyanure - Le petit ruisseau des grandes rivières - 2008 : le 1er "choc écologique" - Le burger qui nettoie les estomacs - Chine : la fin d’une vedette américaine ? - 5- Des semences de nuages - Les deux fous de la poubelle - L’Europe de plus en plus radioactive - Krach - La fin d’un monde - Le Rwanda au milieu d’un champ de bataille - Ballon d’oxygène - Recherche France verte désespérément - 3. Fiscalité verte : bonus malus minus... - La France aux bois dormants - Le déodorant - Couveuse de talents - Barack ou John, qui a la main la plus verte ? - 11. Pauvreté, bilan médiocre




    Alain Lipietz (Les Verts)
    "Mettre le paquet" sur la recherche, la formation, les services publics et l’Europe sociale.
    Le 19/05/2004, par La rédaction

    • 3 colonnes
    • moins
    • plus

    Terra economica - Peut-on, selon vous, parler d’une "vague de délocalisations" ou bien n’est-ce qu’un épiphénomène ?

    JPEG - 26.1 ko
    Crédit : Elodie Grégoire.

    Le phénomène de délocalisation a commencé dès les années soixante... De la "banlieue rouge" de Paris vers les régions à bas salaire de l’ouest. J’y ai consacré un livre, Le capital et son espace. Que j’ai poursuivi dans les années quatre-vingt par d’autres études sur les premiers "Etats-ateliers", conclues par un autre livre, Mirages et Miracles. La vague actuelle est la poursuite de ce phénomène, touchant maintenant les usines délocalisées vers les campagnes il y trente ans, et même une partie du tertiaire. Il est inévitable. Il s’agit de la mise en place d’une "nouvelle division internationale" du travail, entre les centres de conception et de fabrication qualifiée d’Europe, d’Amérique et du Japon et les activités plus banales qui migrent vers les contrées à faible protection des travailleurs et de leur environnement. Cette menace intimide même les travailleurs des industries qui ne déménageront jamais, comme le BTP, la restauration, la plupart des services.

    TE - Les "professionnels des délocalisations" que nous avons rencontrés jugent ce phénomène inéluctable et portent un regard sévère sur les hommes politiques qui "s’y opposeraient" d’une façon ou d’une autre. Les élus doivent-ils se saisir de cette question ? Le peuvent-ils ?

    Bien sûr ! Les régions les plus qualifiées d’Europe, comme la Scandinavie, la Bavière ou la Lombardie ont su s’adapter. Hauts salaires, bonne protection sociale et plein-emploi y riment avec formation professionnelle, recherche et développement, partenariat patronat-syndicats-autorités publiques. Quand le travail est qualifié, on le paie bien, on le garde précieusement, on investit dans le "capital humain", et la haute qualité de son produit le maintien hors de portée des délocalisations... C’est ce que montrent les études rassemblées dans mes deux livres avec le géographe G. Benko, Les régions qui gagnent et La richesse des régions. Cela implique une certaine "loyauté régionaliste", y compris dans les rapports entre donneurs d’ordre et sous-traitants. Mais cela implique aussi un fort investissement des politiques locales, nationales et régionales, dans la qualification du travail. Au contraire, la stratégie défensive de "flexibilisation" et de précarisation expose les travailleurs à la concurrence de plus précaires qu’eux.

    TE - Quelles sont les pistes que vous proposez ?

    Il faut prendre modèle sur les "régions qui gagnent". Que l’on cesse de considérer le salarié comme une charge, mais comme un investissement. Que les autorités locales encouragent les négociations professionnelles, qu’elles aident leurs industrie par la recherche, la formation, la promotion des produits. Qu’elles veillent à la qualité de l’environnement et des services publics pour fixer le personnel qualifié. Que le coût de la protection sociale soit retranché à l’exportation en le finançant par une "TVA sociale", comme au Danemark. L’Europe a d’ailleurs adopté au sommet de Lisbonne cette stratégie : la compétitivité par la qualification et la qualité. Mais, a contrario, certaines autorités européennes prônent la flexibilisation, la précarisation. Il va falloir choisir ! Ou l’on continue dans cette voie, et l’Europe ne résistera pas à la concurrence de "pays émergeants" de plus en plus qualifiés. Ou on "met le paquet" sur la recherche, la formation, les services publics, "l’Europe sociale". C’est un des grands enjeux de la prochaine élection.

    ...retour à l’article : Les politiques reprennent la main

    Le site Internet des Verts

    Terra economica - Peut-on, selon vous, parler d’une "vague de délocalisations" ou bien n’est-ce qu’un épiphénomène ?

    JPEG - 26.1 ko
    Crédit : Elodie Grégoire.

    Le phénomène de délocalisation a commencé dès les années soixante... De la "banlieue rouge" de Paris vers les régions à bas salaire de l’ouest. J’y ai consacré un livre, Le capital et son espace. Que j’ai poursuivi dans les années quatre-vingt par d’autres études sur les premiers "Etats-ateliers", conclues par un autre livre, Mirages et Miracles. La vague actuelle est la poursuite de ce phénomène, touchant maintenant les usines délocalisées vers les campagnes il y trente ans, et même une partie du tertiaire. Il est inévitable. Il s’agit de la mise en place d’une "nouvelle division internationale" du travail, entre les centres de conception et de fabrication qualifiée d’Europe, d’Amérique et du Japon et les activités plus banales qui migrent vers les contrées à faible protection des travailleurs et de leur environnement. Cette menace intimide même les travailleurs des industries qui ne déménageront jamais, comme le BTP, la restauration, la plupart des services.

    TE - Les "professionnels des délocalisations" que nous avons rencontrés jugent ce phénomène inéluctable et portent un regard sévère sur les hommes politiques qui "s’y opposeraient" d’une façon ou d’une autre. Les élus doivent-ils se saisir de cette question ? Le peuvent-ils ?

    Bien sûr ! Les régions les plus qualifiées d’Europe, comme la Scandinavie, la Bavière ou la Lombardie ont su s’adapter. Hauts salaires, bonne protection sociale et plein-emploi y riment avec formation professionnelle, recherche et développement, partenariat patronat-syndicats-autorités publiques. Quand le travail est qualifié, on le paie bien, on le garde précieusement, on investit dans le "capital humain", et la haute qualité de son produit le maintien hors de portée des délocalisations... C’est ce que montrent les études rassemblées dans mes deux livres avec le géographe G. Benko, Les régions qui gagnent et La richesse des régions. Cela implique une certaine "loyauté régionaliste", y compris dans les rapports entre donneurs d’ordre et sous-traitants. Mais cela implique aussi un fort investissement des politiques locales, nationales et régionales, dans la qualification du travail. Au contraire, la stratégie défensive de "flexibilisation" et de précarisation expose les travailleurs à la concurrence de plus précaires qu’eux.

    TE - Quelles sont les pistes que vous proposez ?

    Il faut prendre modèle sur les "régions qui gagnent". Que l’on cesse de considérer le salarié comme une charge, mais comme un investissement. Que les autorités locales encouragent les négociations professionnelles, qu’elles aident leurs industrie par la recherche, la formation, la promotion des produits. Qu’elles veillent à la qualité de l’environnement et des services publics pour fixer le personnel qualifié. Que le coût de la protection sociale soit retranché à l’exportation en le finançant par une "TVA sociale", comme au Danemark. L’Europe a d’ailleurs adopté au sommet de Lisbonne cette stratégie : la compétitivité par la qualification et la qualité. Mais, a contrario, certaines autorités européennes prônent la flexibilisation, la précarisation. Il va falloir choisir ! Ou l’on continue dans cette voie, et l’Europe ne résistera pas à la concurrence de "pays émergeants" de plus en plus qualifiés. Ou on "met le paquet" sur la recherche, la formation, les services publics, "l’Europe sociale". C’est un des grands enjeux de la prochaine élection.

    ...retour à l’article : Les politiques reprennent la main

    Le site Internet des Verts